Disques

The Goldberg Variations

12 euros

J. S. Bach, Variations Goldberg | transcription pour duo de guitares

Comme tant d’autres en son temps, Bach a beaucoup pratiqué l’adaptation et la transcription, de partitions de ses contemporains ainsi que de ses propres créations. Si sensible qu’il fût au « grain » des voix et des instruments, il n’en a pas pour autant hésité à faire subir à ses propres oeuvres les métamorphoses propres à leur insuffler une vie nouvelle.

Il est vrai que la densité et la rigueur de son écriture contrapuntique se prêtent admirablement à des lectures autres, en des couleurs renouvelées pouvant en révéler des facettes jusqu’alors négligées. De même que L’Art de la fugue, les Variations Goldberg ont suscité bien des transcriptions. Or, des cordes pincées du clavecin à celles de la guitare la distance est moindre que celle du passage au piano ou à l’orgue, voire à un ensemble instrumental. Dans une unité de couleurs, les lignes acquièrent ici une autonomie de nuances que les seuls claviers du clavecin ne peuvent exprimer. Inépuisable richesse des chefs-d’oeuvre…

Gilles Cantagrel


Les Variations Goldberg en noir et blanc

Depuis que je pense à jouer les Variations Goldberg à deux guitares, je les imagine en noir et blanc. Il ne s’agit pas de les jouer en essayant de restituer les couleurs d’époque, mais plutôt en essayant de saisir ce qui reste, ce qui résiste au temps. Au départ, il y a un désir plus passionnel que raisonnable, une attirance vers quelque chose qui n’est pas a priori fait pour soi. Car, si le clavecin et la guitare ont quelque chose en commun dans la nature de leur courbe sonore, leurs possibilités respectives sont très différentes.

Nous avons donc voulu créer la rencontre entre notre instrument et le chef-d’oeuvre. Et ce, sans jamais aller contre notre instrument : les tessitures, les tempos et les ornements ont été choisis pour leur faisabilité, leur efficacité, leur musicalité guitaristiques. Mais nous ne sommes jamais allés non plus contre l’oeuvre, sa forme et sa nature intrinsèques. L’idée de la transcription est une pratique d’époque. Nous reprenons à notre compte les idées initiées par la grande musicienne et musicologue américaine Rosalyn Tureck, qui disait que la musique de Bach, essentiellement abstraite, peut circuler d’instrument en instrument.

Il existe de nombreux exemples montrant que Bach jouait lui-même ses propres pièces en variant l’instrumentarium, chaque version apportant son propre regard sur l’oeuvre. Travailler les Goldberg à deux implique, comme tout travail de musique de chambre, de s’imprégner d’un réflexe commun. Ainsi, sans trop discourir sur la forme ni sur notre « plan d’attaque », nous avons laissé, peu à peu, ces variations nous habiter. L’idée d’une homogénéité sonore n’a pas non plus été notre souci premier. Nous avons plutôt chercher à faire vivre harmonieusement nos différences.

La musique de Bach est une synthèse sublimée de toute la musique occidentale qui s’est faite avant lui. Et les Variations Goldberg sont un peu la synthèse géniale de l’art de Bach. Si cette musique est si vivante, c’est parce qu’elle suscite autant l’envie de plonger dans l’époque de sa création pour approcher de la « vérité », que l’envie de se l’approprier et de continuer à rajouter des étages à cet édifice indestructible.

Sébastien Llinares